Kiss Me Kitty offre exactement ce qu’on espère d’un shoujo où un beau garçon se transforme en chat quand on l’embrasse : c’est mignon, c’est drôle, vous pouvez passer un moment léger tout comme vous pouvez réfléchir des heures sur le rôle du consentement dans les œuvres de fiction.

Erina a une réputation de « reine de glace » dans son lycée, mais elle a une faiblesse : les chats, les chatounets, les chatons mignons, les gros matous à sa mémère. Donc quand l’un d’eux entre dans sa chambre, elle a le réflexe immédiat de l’embrasser sur la bouche (Erina a déjà attrapé cinq fois la toxoplasmose). Le matou se transforme alors en garçon tout nu qui se révèle être Nekoyama, un camarade de classe apathique mais bg, qui déclare qu’il sera son chat de compagnie. Commence alors une cohabitation étrange et source de beaucoup de situations gênantes et drôles.

Dans sa postface, Miko Senri qualifie sa propre histoire de « saugrenue » ; et en effet, la lectrice avertie aura de nombreuses occasions de faire les gros yeux lorsque l’intimité et le consentement des personnages et en premier lieu d’Erina ne sont pas respectés. Un ado de son âge s’impose dans sa vie, sa chambre, sa salle de bain, toute son intimité — comme un chat le ferait.
Pour faciliter la suspension de l’incrédulité de la lectrice, Senri donne à Nekoyama toutes les qualités d’un chat. Notre héros ne montre aucun intérêt pour la sexualité et ne cherche aucun ascendant sur Erina. Il cherche uniquement le confort et agit selon ses instincts félins. Il aime les gratouilles et s’excite à la vue d’un oiseau sur un écran, mais il n’a guère d’autres centres d’intérêt. C’est à peine une personne.

Erina est aussi partagée entre sa personnalité froide et indépendante habituelle, et sa « nature » de fille à chats. Elle n’a aucun intérêt pour les ados immatures de son âge mais elle adore taquiner Nekoyama-chat, le dorloter, le materner, et elle ne déteste pas Nekoyama-humain.
Kiss Me Kitty est peut-être la réalisation d’un fantasme très féminin, de trouver un homme qui soit à la fois mignon et réceptif aux attentions, sans qu’il soit source de danger.

Et qu’y-t-il de plus dangereux pour une jeune fille qu’un homme nu dans sa chambre ? La nudité, hyper-présente dans le manga, est a priori non-sexuelle mais place l’œuvre dans les shoujo plus matures. En plus de faire pouffer la lectrice, c’est l’occasion parfaite de tester la réaction très humaine d’Erina et la réaction très non-humaine de Nekoyama, pour ensuite faire rapprocher leurs points de vue. Erina prend confiance en lui parce qu’il n’abuse pas d’elle ; et Nekoyama apprend (lentement) à respecter les limites d’Erina. De même, les baisers nécessaires à la transformation de Nekoyama deviennent un sujet de tension et de négociation. Au pire, Nekoyama peut embrasser un chat des rues qu’il semble toujours avoir sous la main (#polyking).
D’une certaine manière, Senri lance un bâton de dynamite dans la chambre d’Erina sous la forme d’un beau catboy, allume la mèche en le mettant à poil constamment, puis éteint la mèche en le castrant symboliquement et en lui donnant un air de grumpy cat. Pour mieux faire passer la pilule et nous caresser dans le sens du poil, elle nous propose aussi un très beau dessin à la fois des visages humains (on adore les expressions outrées d’Erina) et de ce gros chaton fluffy.

L’amour d’une femme pour un animal n’est pas récent, si on pense aux contes de fées comme la Princesse et la Grenouille ou la Belle et la Bête. Dans les mangas, on n’oublie pas Fruit Basket ou le classique du josei Kimi Wa Pet. Dans ce dernier, le « pet » était un humain tout à fait normal qui pouvait sortir du jeu de rôle à tout moment. Il est plus difficile d’imaginer une histoire d’amour réaliste dans Kiss Me Kitty, mais on se doute que le sujet sera vite mis sur la table. Nekoyama va-t-il passer les cinq prochains tomes à se prélasser au soleil ou va-t-il s’éveiller aux affres de la romance adolescente ?

