Mizuno et Chayama – Le yuri contre tous

Mizuno et Chayama – Le yuri contre tous

L’amour est-il plus beau quand il est interdit ? Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’amour de ces deux lycéennes n’est pas restreint par leur genre mais par des enjeux de politique locale. Nishio Yuhta revisite le mythe de Roméo et Juliette dans un yuri atmosphérique et prenant où l’on navigue entre tendresse et violence.

Mizuno est populaire et fait tout pour le rester. Son père est le candidat favori pour les municipales et elle joue son rôle de fille modèle à la perfection. Personne ne connaît sa haine des conventions auxquelles elle se plie, sauf Chayama.

Chayama a un rôle à jouer aussi, la fille d’un magnat du thé local, mais aussi le mouton sacrificiel qui reçoit toutes les frustrations des enfants du pays contre son père, sous la forme d’un harcèlement scolaire d’une grande violence. Personne ne connaît sa force morale et sa loyauté indéfectible, sauf Mizuno.

Elles ont si peu de moments pour se retrouver mais ces scènes sont riches en émotions, taquineries et regards langoureux. Ironiquement, le bureau du conseiller d’orientation est le refuge où elles s’imaginent un avenir libéré de toute pression.

Le reste du temps, des murs s’érigent constamment entre elles, métaphoriques et concrets, comme ce malheureux rideau dans la scène ci-dessus. Le secret doit rester absolu, quitte à laisser Chayama subir les pires violences. En public, chaque geste ou regard est un pari dangereux. La relation semble toxique parfois tant les deux jeunes filles font tout pour maintenir le statu quo.

Toute leur force est tournée vers l’inaction, malgré des désirs contradictoires.

Et quand elles se laissent aller, l’amour physique n’est pas étalé mais surtout deviné. Il éclate dans la nuit noire comme un éclair anonyme dans une ville hostile.

Le dessin est frêle et brut et sincère, drôle et choquant, précipité (parfois jusqu’à être confus) et contemplatif. Il est adolescent de la meilleure des façons.

J’ai vraiment ressenti une fascination pour cet amour intense et quasiment dénué de drama. Elles savent ce qu’elles veulent et elles savent les circonstances extérieures qui les empêchent de vivre comme elles veulent. La sincérité est étouffée par ces familles motivées par des enjeux politiciens et par ce lycée dirigé par les ragots, mais on ressent une grande intimité avec les deux héroïnes. Même en deux tomes, leur passion est crédible et d’une tendresse salvatrice.

J’aurais aimé peut-être moins d’insistance sur le harcèlement scolaire, d’autant que les motivations de la harceleuse principale aurait mérité plus de développement. De même, les conflits de classe resteront seulement suggérés. Quitte à parler politique, on aurait pu parler du fait que, malgré leurs problèmes, nos deux héroïnes sont aussi les héritières des deux puissantes familles locales.

Contrairement au yaoi, le yuri n’est pas un genre associé à une démographie précise. Mizuno et Chayama s’écarte assez de la majorité des yuri. Il s’agit d’un seinen, publié dans Comic Beam, connu pour des titres alternatifs et éclectiques comme Thermae Romae, Emma, L’Île Panorama ou Bambi.

Yuhta semble se reposer davantage sur son lecteur pour donner du sens à son œuvre, par un trait audacieux et un déroulement de l’action parfois ambigüe. Ce manga vous parlera peut-être davantage si vous cherchez la liberté d’un Taiyô Matsumoto ou la mélancolie d’une Kei Tôme.

Mais, même si le manga ne cherche pas à explorer les questions de genre, il reste aussi un beau récit de femmes qui survivent malgré le carcan qui leur a été imposé.

J’aime beaucoup Mizuno et Chayama.

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